JEAN HEUX

OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR

DEPORTE-RESISTANT

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Jean HEUX

Janvier 1944.

(collection: Jean HEUX)

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Maison de Monsieur SAVIGNY ou habitait Jean HEUX "alias Armand".

Récit de monsieur Jean HEUX

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Plan exécuté à main levée par Monsieur Jean HEUX en 2007.

- Juin 1940. Lorsque les Allemands sont arrivés à Baromesnil (la Luftwaffe) ils ont réquisitionné des fermiers avec leurs faucheuses à herbe, pour couper toutes les céréales qu'il y avaient en bordure du village d'Etocquigny afin de faire un champ d'aviation, et ensuite, rouler le terrain.

Ledoux a été réquisitionné avec sa grosse presse à paille et son tracteur pour faire des balles de paille afin d'abriter les avions, qui ont été cachés par la suite sous une rangée de peupliers en angle droit. (paille fournie par les fermiers).

Sur les terres de Baromesnil et de St Rémy étaient disséminées des D.C.A. a tirs rapides.

- Janvier 1944, un Mosquito Anglais atterri sur le ventre le long de la route qui va de St Rémy-Boscrocourt à Etocquigny. Les deux aviateurs se sont enfuis dans la nature.

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Le Mosquito tombé à St Rémy: c'était le 14 janvier 1944, vers 12h00 numéros de série LR290, du squadron 613, le pilote le Flight lieutenant Joseph Georges Oliver (évadé) le navigateur le sergent Harry Williams qui fut capturé dans le sud de la France en tentant de rejoindre l'Espagne.

(source: Laurent VITON)

 

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Base de Lasham dans le Hampshire du 613 Squadron.

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Squadron 613

 

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Le lundi matin, avec mon vélo, je me suis rendu auprès de l'avion, j'ai cherché des traces de pas et j'ai trouvé.

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Je les ai suivies à travers champs, mon vélo sur l'épaule jusqu'à un bois de Mesnil-Réaume qui domine la route qui va à Sept-Meules.

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En contrebas se trouvait une ferme ou j'ai demandé si les aviateurs étaient là. Après des réticences (les gens se méfiaient) on m'a avoué qu'ils se trouvaient bien dans cette ferme.

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C'est le commis de ferme Yves ANGRAND 16 ans qui les avait caché dans une meule de paille. Ces deux aviateurs m'ont donné leur photo avec adresse, ce qui m'a permis à mon retour de déportation de correspondre et d'apprendre par la mère du pilote, qu'il avait repris du service mais qu'il s'est tuer en 1944. Le second qui ne parlait pas français n'a pas pu passé la frontière Espagnole, il a donc été fait prisonnier en Allemagne. A la suite de cela, j'ai quitté définitivement Baromesnil n'y suis revenu qu'en février 1946.

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lieu du crash du Mosquito.

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Mosquito.

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En ce qui concerne les deux aviateurs Anglais, nous sommes allés les chercher le lundi soir et les avons amenés à Baromesnil à travers terre chez les Fiselier, ils sont restés quelques jours et ont pris la filière vers l'Espagne grâce a monsieur Jacmard fondateur du groupe "Normandia" un père tranquille horloger à Criel-sur-Mer.

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Voici la ferme où étaient planqué les deux aviateurs Anglais qui appartenaient à la famille Fiselier, qui était exploité à l'époque par Monsieur Albert Carpentier, Albert se souviens très bien avoir pris le café avec eux avant leur départ vers la filière d'évasion.

 

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Groupe de pilote de la R.A.F.

Deuxième debout à partir de la droite le Flt/Lt Joseph Georges OLIVER le pilote du Mosquito abattu à St Rémy.

(collection: Laurent VITON)

 

Témoignage historique.

Un Samedi de Janvier 1944, un Mosquito de la R.A.F. dut faire un atterrissage forcé dans un champs à St Rémy-Boscrocourt (76). Les deux pilotes furent retrouvés par un F.T.P. le lundi suivant, à 7 km dans la ferme Derambure à Mesnil-Réaume (76). Ils avaient été cachés par Yves Angrand, âgé à l'époque de 16 ans.

Voici la photocopie de la lettre que la maman du pilote a adressé à ce F.T.P. de 19 ans, après son retour de Déportation.

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Traduction de la lettre écrite par la maman du pilote.

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Le pilote du Mosquito, F/Lt Joseph Georges Oliver, M.119921.

(collection: Jean HEUX)

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Ma rencontre avec Monsieur Jean HEUX en 2007 (Alias "Armand" son nom de guerre) chez Madame Forestier-Gaillard, Présidente de l'ANACR de la Somme.

Récit:

de Madame Juliette SAINT-GERMAIN

Janvier 1944, chute du Mosquito.

Dans la plaine de Saint-Rémy/Etocquigny, derrière le 3, rue du stade, s'écrase un petit bombardier. C'est un "MOSQUITO", bimoteur à structure en contre-plaqué, balsa et bouleau, rendu très léger pour avoir un plus grand rayon d'action. Sur les lieux du crash, on constate qu'il n'y a pas trace des deux aviateurs censés piloter l'engin. On apprendra après la libération, qu'ils ont été recueillis et cachés par un jeune cultivateur de Baromesnil Jean HEUX et remis à un réseau de résistants-passeurs pour leur retour en Angleterre.

Léa, la fille de "Mam'Yette" (Juliette Saint-GERMAIN), habitant au 6, rue des Canadiens à Heudelimont, a été témoin de loin de la chute de l'appareil. Curieuse, elle y va voir, furète autour de l'engin, et finit par apercevoir à l'intérieur le fouillis de soie blanche d'un parachute. Réflexe bien féminin pour une jeune fiancée qui rêve de mariage avec son promis prisonnier en Allemagne, elle s'empare du précieux tissu, le cache en le protégeant dans les taillis de la voie de chemin de fer. Elle viendra le récupérer plus tard et, son fiancé revenu, se mariera le 15 septembre 1945 dans une superbe robe de soie blanche taillée dans un des parachutes du "MOSQUITO".

 

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Fragment d'hélice découvert à Saint-Rémy en 1944, aucune indication sur l'origine mais je suppose de par l'apparence de sa couleur " jaune et noir "couleur attribué aux avions Alliées" qu'il doit peut-être appartenir au Mosquito tombé dans la plaine de Saint-Rémy.

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On aperçoit sur cette photo prise à Elvington en 2011 un Mosquito en cours de restauration, la couleur des hélices des moteurs de couleur "noir et jaune" identique au fragment découvert à Saint-Rémy en 1944

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(collection: Arlette Bouteiller)

La maison de monsieur Bouteiller Lucien où était héberger Jean Heux "alias Armand" avant son départ vers "Résistance Vimeu" chez André Gaillard "alias Léon"

 

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Micheline Boé, Jean Heux, Georgette Saintyves.

(collection: Arlette Bouteiller)

3ème Compagnie du Vimeu (Somme)

Date de création du groupe:

fin juillet 1942

Effectifs à la création:

1 officier,1 sous-officier,7 hommes.

Effectifs à la libération:

7 officiers, 22 sous-officiers, 160 hommes.

Pertes:

Fusillés; 2 - tués: 6 - déportés: 15

dont 10 morts dans les camps.

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HEUX Jean

Né le 16 novembre 1925

Matricule 78.544 - BUCHENWALD

Nom de Guerre "ARMAND"

Matricule 14-63

3ème Compagnie du Vimeu (Somme)

- Je suis entré dans la résistance le 8 novembre 1943 à St Blimond dans la Somme. Après avoir porté aide et assistance à 2 aviateurs Anglais en janvier 1944 et tenté une récupération d'armes (blessé à la cuisse lors de cette tentative) opérations de sabotage, déraillements dont un dans un tunnel à Flamechont où j'ai failli me faire écraser cette nuit là, n'ayant pas entendu arriver le train (sur la ligne Amiens-Rouen).

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(collection: Mme Lucienne Forestier-Gaillard)

Les trois premiers résistants envoyés par René CHAPELLE (celui-ci, durant la guerre d'Espagne, appartenait aux Brigades Internationales. Responsable interdépartemental des Francs Tireurs et Partisans)

De gauche à droite:

Roger BRUMARD (de Baromesnil alias Roland) Maurice BOIGNARD (alias André) Gabriel TELLIER (alias Bernard chef de la résistance du secteur)

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"Résistance VIMEU"

De gauche à droite:

Gabriel TELLIER "alias Bernard"  ??, ??,

Roger BRUMARD "alias Roland", Madame Fernande CAUDRON, Maurice BOIGNARD "alias André".

(collection: Madame Lucienne FORESTIER GAILLARD)

- Ensuite récupération de matériel divers à l'armée allemande et surtout participation à la libération de la prison d'Abbeville le 22 juin 1944 par un commando de 11 résistants, ce qui sauva la vie à plusieurs camarades et chefs de notre groupe, car ils étaient condamnés à être fusillés ou déportés.

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(source: Résistance Vimeu 1942-1944)

- Fin juin 1944 je me suis retrouvé dans un petit village à Guibermesnil dans la Somme. J'ai été mis en contact avec Mr LENNE instituteur à Bézancourt, village voisin. Des résistants avaient déjà creusé une galerie dans une colline pour accéder à une carrière souterraine afin d'y fonder un maquis. L'accés se faisait par une trappe cachée par des ronces et de la verdure. On s'éclairait là-dessous avec des lampes pigeons (pétrole), on n'y installait des sortes de lits en grillage à poules pour être isolés du sol.

- Entre temps, je vivais et travaillais dans une ferme chez Mr et Mme CARON, uniquement en échange de nourriture, je n'avais pourtant pas d'argent mais, entre la ferme, le maquis et les actions, j'étais heureux, j'avais un idéal.

- Le 14 Juillet 1944, j'ai eu ordre, avec 4 camarades d'aller saboter des lignes téléphoniques d'un terrain d'aviation près de Poix.

Arrivés à l'endroit prévu en pleine nature, je suis monté le premier au poteau en bois à mains nues mais impossible d'aller jusqu'en haut. Les 4 camarades ont essayé mais en vain. J'ai essayé une nouvelle fois avec volonté, j'ai grimpé de toutes mes forces. J'y suis parvenu et j'ai coupé les fils, il y en avait une trentaine, j'ai été obligé de couper de chaque côté. En redescendant j'ai eu très mal au ventre d'être resté agrippé à ce poteau sans grappins.

- Le samedi 29 Juillet 1944, Henri GUILLOU et moi avons reçu l'ordre d'aller chercher une valise d'armes et poste émetteur à Avelesges, avec nos vélos, à travers champs et ensuite le village. Hélas, au retour, à l'orée d'un bois, dans un virage: nez à nez avec une patrouille de 6 soldats de la Luftwaffe.

" Halte ! papiers ! qu'avez vous dans les valises ?" réponse: ravitaillement, pommes de terre, oeufs.

"Ouvrez les valises ! Haut les mains terroristes".

Les mains en l'air 3 km jusqu'à Belloy-St Léonard, ensuite les mains derrière le dos, ligotage avec des cordelettes, interrogatoire à coups de bâton dans une porcherie. J'avais les mains ensanglantées, le copain était méconnaissable.

- Le lendemain Dimanche on nous a emmené à la citadelle d'Amiens, 8 jours, j'ai entendu là, des gars chanter la Marseillaise avant d'être fusillés.

- Ensuite Compiègne jusqu'au 17 Août 1944 date de mon départ pour Buchenwald.

- Je suis parti de Compiègne le soir du 17 Août 44, en camion vers la forêt où nous avons embarqué dans des wagons à bestiaux, nous sommes partis tard dans la nuit. J'étais près de la porte et j'avais un peu d'air.

 - Dans la nuit le train s'est arrêté:

des coups de feu, des cris, quelques instants après le train repartait. Au petit matin nouvel arrêt peut-être vers St Dizier, on ouvre la porte et 5 hommes doivent descendre, face à la porte, on se disait: ce doit être pour une corvée d'eau. Nous avons entendu 5 coups de révolver et les gars ne sont jamais revenus. Fusillés pour l'exemple, il y avait eu une évasion dans le wagon après le notre. Ce jour là je l'ai échappé belle, étant juste à côté de la porte.

- Le convoi est reparti. En cours de route beaucoup d'arrêts sous le soleil dans des gares entre trains de carburant et munitions. On ne crânait pas, nous avons eu une fois une petite soupe par la croix rouge.

- En passant à Veimar certains parlaient de la République de Veimar pour nous réconforter.

- Enfin l'arrivée à Buchenwald, nous avons de l'eau, rasage, désinfection et en quarantaine dans le petit camp où il n'y avait pas d'eau et déjà la dysenterie que j'ai attrapé, je dormais dans le bâtiment des latrines afin d'être au plus près.

- En Octobre 1944, je suis parti dans un convoi pour Iena, travailler dans une usine de réparation de wagons, 12 heures par jour, une semaine de jour, une semaine de nuit. Je devais entretenir les boîtiers des roues. En deux fois j'y ai introduit du sable, mais je prenais là un gros risque (car sabotage).

- Des nuits sans dormir avec, en plus les bombardements. Au cours d'une alerte de nuit 2 polonais se sont évadés et ont été repris et pendus sur la place d'appel, en face de nous, avec obligation de les regarder en passant.

- Malgré tout, les soldats qui nous gardaient n'étaient pas trop brutaux, ils étaient des anciens de la guerre 14/18 et de la Luftwaffe.

- Nous avons quitté Iena en Avril 45 en pleine nuit vers Leipzig, un bombardement a eu lieu, le wagon bougeait, les sentinelles se disputaient pour ouvrir la porte. Enfin le convoi est reparti pour Colditz. Nous sommes restés là 8 jours et ensuite départ à pied vers l'Est. Nous avons dormi sur le sol dans un pré le 1er jour, nous étions blancs de gelée au matin. On s'est procuré des sacs de ciment vides, en papier, afin de se couvrir les jours suivants.

- Au fur et à mesure des jours nous n'avions plus rien à manger. Nous avons donc mangé des limaces, des pissenlits, de l'oseille sauvage, des feuilles de colza, de la luzerne et même des épluchures de rutabaga cru, le ventre m'a fait souffrir toute la nuit, je me tordais par terre, la sentinelle ne savait que faire.

- Nous étions dans une grange cette nuit là. Le lendemain en cours de route ceux qui ne pouvaient pas suivre étaient abattus d'une balle dans la tête.

- Enfin nous sommes arrivés à Leitmeritz, en traversant la ville les gens nous crachaient au visage, les enfants nous jetaient des cailloux, nous étions à bout de forces.

- Deux jours plus tard nous étions au travail pour la construction de l'usine souterraine Richard, cela jusqu'au 7 mai 1945.

- Le 8 mai 1945 pas d'appel le matin mais un rassemblement vers 11 heures. On nous dit que la guerre est finie, que nous allons rentrer chez nous, mais nous n'avons pas été libérés tout de suite mais le 9 mai 1945 dans l'après-midi.

- A pied, nous sommes allés vers Térésin dans une caserne transformée en hôpital. Entre-temps nous avons dormi dans une baraque en bois où il y avait le typhus, des mourants et des cadavres partout.

- Deux jours après j'étais le long de la route sur le bord d'un fossé, complètement désespéré, un paysan m'a aidé dans ma détresse.

- On nous a rasé, désinfecté, on a brûlé nos vêtements tant nous avions des poux. Un déporté belge est mort quasiment dans mes bras, je n'ai jamais connu son nom.

- Enfin des camions américains sont venus nous chercher le 1er juin 1945 et nous ont emmenés à Pilsen dans des baraquements sanitaires. Quelques soins et le lundi 4 juin 45 un avion américain nous a emmené à Bron puis ensuite à l'hopital de la Croix Rousse à Lyon.

- Lorsque mon père est venu me voir 2 jours plus tard, il ne m'a pas reconnu, il a eu un malaise, on a dû lui faire une piqûre pour le ranimer. J'étais tuberculeux, on m'a fait un pneumothorax et fin septembre 45 je suis allé en sanatorium à St Hilaire du Touvet jusqu'en Février 1946, date de mon retour dans mon village en Normandie, mon état s'étant stabilisé.

- Henri GUILLOU qui fut arrêté avec moi le 29 Juillet 1944, n'est jamais revenu.

- A Escarbotin: j'ai récupéré en mars 44

2 vélos d'officier Allemand face à une gendarmerie.

1 vélo d'officier Allemand dans le jardin d'une cartomancienne.

- A Iena: le jour de Noel 44

J'ai décharger du charbon d'un wagon, nous devions avoir double ration de soupe et en fait nous avons eu 1 ration avec peine.

- A Quibermesnil en juillet 44

J'ai vu tomber d'un avion une mitrailleuse dans un petit bois, nous sommes allés la chercher vers le soir elle n'était pas abîmée amortie par les feuilles et le sol nous l'avons transporté avec une brouette a notre cache mais il n'y avait pas de balles.

Jean HEUX

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Maison de Monsieur CARPENTIER ou habitait Roger BRUMARD "alias Roland".

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Le retour à Baromesnil de Roger BRUMARD et Jean HEUX en 1945.

Photo prise devant le garage.

De gauche à droite:

??, ??, ??, ??, ??, ??, ??, Roger BRUMARD "alias Roland" Lucienne GAILLARD "agent de liaison".

??, ??, Jean HEUX "alias Armand".

(collection: Lucienne FORESTIER GAILLARD)

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(source: Le Courrier Picard du Dimanche 20 juin 2004)

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(source: Le Courrier Picard du Lundi 21 juin 2004)

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Monsieur Jean HEUX porte-drapeau au centre avec son chapeau.

La visite en 04/06/1985 de monsieur Jean HEUX déporté au sinistre camp de concentration de Buchenwald.

 

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J'étais au bout du chemin vers le bois photo prise le 04/06/1985.

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Place d'appel, j'étais à l'endroit des arbres en août 1944, Buchenwald.

 

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Place d'appel et vue sur le crématoire.

 

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Depuis le lieu où j'étais en août 1944, vue sur le crématoire et l'entrée du camp à droite.

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Entrée du camp, la pendule marque l'heure de la libération le 11 avril 1945. 

(collection: Jean HEUX)

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En hommage à André-Charles et Françoise GAILLARD.